Revue de Presse: 12 juillet

12 July 2020

La course au vaccin Covid-19 engendre-t-elle un nationalisme malsain ? Dans un article pour Politico, Elizabeth Ralph explore la manière dont les scientifiques en Allemagne, en Chine, au Royaume-Uni, en France et aux États-Unis gèrent la pression politique qui les pousse à développer un vaccin efficace. Donald Trump veut que l’Amérique championne le « projet de vaccin le plus agressif de l’histoire », tandis qu’Emmanuel Macron vante le « génie de Louis Pasteur » et décrit la France comme « un grand pays de vaccin ». Ralph nous fournit le contexte historique pour une situation qui commence à évoquer les compétitions scientifiques de la guerre froide.

 

Face à la crise sanitaire, il n’y a ni retour, ni revanche de l’État, écrit Thibaud Mulier dans un article pour le journal AOC. Simplement, l’État a toujours été tellement omniprésent que nous l’avions oublié. Il ne fait face à aucune concurrence sérieuse, et il n’abandonne son pouvoir que de manière volontaire, quitte à le reprendre quand bon lui semble. Mais si l’État n’est pas en train de prendre sa revanche, la crise sanitaire accélère néanmoins sa croissance. Il nous faut être méfiant face à un État qui ne fait que devenir plus centralisé et autoritaire.

 

Rachel Donadio décrit les conséquences du confinement et du déconfinement en France dans un article pour le magazine New York Review of Books. Alors que la France n’a pas souffert autant que certains autres pays, l’Allemagne a eu de meilleurs résultats sur tous les points. Cet affront est spécialement douloureux pour un peuple qui est particulièrement fier de son système de santé, et ne fait qu’augmenter un sentiment de colère anti-systémique qui se concentre sur Macron et pousse certains à se rassembler autour de figures comme le Docteur Didier Raoult, partisan de l’hydroxychloroquine. Mais malgré cette colère, les partis d’opposition sont en désarroi, ce qui fait que la résistance contre le président se trouve principalement dans la rue, incarnée notamment par les Gilets Jaunes et le mouvement Justice pour Adama. Mais la rue reste pour le moment désorganisée, et le futur de la France demeure incertain.

 

Pour reconstruire l’internationalisme, il faudra tourner le dos au libre-échange, avance Thomas Piketty dans un article pour Le Monde. Le nouvel ordre global doit combattre principalement les inégalités et le réchauffement climatique ; il doit être internationaliste dans ses objectifs, mais souverainiste dans ses mécanismes. Surtout, son souverainisme ne doit pas être nationaliste, mais collaboratif. Établir ce nouvel ordre ne sera pas facile, conclut Piketty, mais sa construction demeure néanmoins nécessaire.

 

Après le succès des écologistes aux municipales, Pierre Charbonnier écrit dans Libération qu’il existe une urbanisation de l’écologie politique en France. Mais cela veut-il dire que les villes deviennent plus écologiques ? Pas exactement. Selon Charbonnier, il s’agit plutôt d’une consolidation des inégalités urbaines, sous l’égide de l’environnement : « Le défi auquel font face les nouvelles villes vertes, ou qui prétendent l’être, peut donc se résumer assez simplement. Sont-elles en train de se confiner dans un espace déconnecté de son milieu au bénéfice d’une population qui fermera les yeux sur le sort de ses voisins, ou ont-elles engagé un processus de décloisonnement social et écologique ? »

 

Avec son décret du 7 juillet visant à obliger les étudiants et doctorants internationaux à rentrer chez eux si leurs universités n’offrent que des cours en ligne, l’administration de Donald Trump combine des offensifs contre les étrangers et contre les universités. Pour résister aux deux offensifs, Ernesto Bassi et Javier Puente ont publié chez Age of Revolutions une liste des oeuvres scientifiques, notamment sur l’Amérique latine, produites grâce aux visas étudiants états-uniens. Cette liste sera alimenté au long des prochaines semaines.

 

Les habitudes que nous avons développées au cours du confinement, sont-elles conformes à « l’éthique protestante du travail » de Max Weber ? George Blaustein, écrivant pour la New Republic, remarque que certains employés ont interprété le travail à domicile comme une obligation d’être productif en permanence, tandis que d’autres craignent une perte soudaine de leur emploi. Dans chacun de ces deux cas, le bien-être moderne des individus semble lié à leur vocation. Blaustein profite de notre situation pour réexaminer certaines des idées sociologiques les plus célèbres de Weber, même s’il serait difficile d’imaginer Weber donnant sa conférence « Politik als Beruf » sur Zoom.

 

Et finalement, alors que les États-Unis et la France se confrontent à leur passé esclavagiste, beaucoup réclament qu’on enlève les statues qui glorifient cette histoire dans les lieux publics. Mais qu’en faire après ? Dans un portfolio pour Mediapart, Sébastien Gobert et Niels Ackermann présentent plusieurs idées, tirées du livre de Gobert Looking for Lenin. Parmi elles : reléguer les statues dans des musées, les laisser étendues sur le sol, ou même en faire des nains de jardins.

 

Photo Credit: Charles Deluvio, via Unsplash.

 

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