Une élection européenne en demi-teinte… de gauche

Hervier
28 May 2019

L’examen des résultats en France est compliqué à mener, si l’on veut sortir de l’instantané médiatique pour prendre un peu de recul dans le temps.

 

Le mouvement Europe-Ecologie Les Verts est en tête avec un étiage de 13,5 %, tendant vers celui des européennes de 2009 (20 %) ; mais le soufflet était violemment retombé ensuite, et rien n’indique que la victoire d’hier sur les autres partis de gauche annonce des lendemains verts. Pour le mouvement France Insoumise, la situation est inverse : si leur score est unanimement considéré comme désastreux (6,5 %), il est égal à celui du Front de Gauche de 2014, alors même que deux partis concurrents se présentaient cette année : Générations, mouvement de Benoît Hamon qui a connu sa première et dernière campagne, et le Parti communiste dont on se demande quelle peut être la stratégie à long terme. C’est parce qu’il passe devant ces deux micro-partis que le Parti socialiste sauve les meubles (6,5 %) ; il obtenait toutefois le double lors des européennes de 2014 (14 %). Du reste, le score cumulé des formations de gauche est, lui aussi, sensiblement le même qu’en 2014. La seule conclusion certaine est donc que la gauche est en stagnation et qu’elle se condamne, pour l’instant, à regarder avec impuissance la lutte de l’ultra-droite libérale et de l’ultra-droite nationaliste.

 

Le PS portugais, soutenu par le Bloc de gauche, ainsi que le PSOE espagnol, soutenu par Podemos, avaient pris une direction inverse à celle des partis de gauche en France : même si chacun faisait cavalier seul pour les élections, les différentes forces étaient parvenues à une stratégie minimale d’alliance au pouvoir entre social-démocratie et gauche dite « radicale ». Le résultat est curieusement semblable dans les deux pays : victoire haut la main à 33 % pour le parti socialiste, tandis que la gauche radicale atteint 10 %. Cette expérience semble aller à contre-courant de la thèse du « populisme de gauche » avancée par Chantal Mouffe. Pourtant, il est trop tôt pour parler d’un modèle ibérique : les partis socialistes profitent surtout de leur expérience au pouvoir, là où la gauche française semble loin d’y revenir. Bien plus, une frange de la France insoumise voit dans l’abandon de la ligne « populiste » la raison de son recul par rapport au score flatteur de la présidentielle de 2017. Et l’on ignore surtout ce qu’aurait donné un vrai mouvement radical de gauche européen.

 

De fait, le décalage était frappant, au cours de la campagne, entre la capacité des droites et extrêmes droites européennes à afficher (par-delà leurs divergences réelles) un semblant d’unité – et l’incapacité des gauches, ne fût-ce qu’à envisager pareille démarche collective. Sans doute, la question du maintien ou non dans l’Union européenne reste un point de divergence critique entre les gauches européennes ; mais il est paradoxal qu’elles soient inaptes à cet effort internationaliste qui est à l’origine de la gauche. Leur désintérêt pour ce type d’élection a eu comme revers le désintérêt d’un certain nombre de leurs sympathisants. Certes, il faut aussi tenir compte du sentiment d’impuissance à renverser une tendance lourde à l’échelle d’un continent, et du peu d’effet qu’auront ces élections sur la politique nationale. Pourtant, on ne peut se cacher derrière l’idée que les européennes ne sont pas « propices » à la gauche, comme si le destin était déjà écrit. Si la gauche française a pu s’approprier une Ve République aux contours monarchiques, les gauches européennes devraient pouvoir un jour s’approprier celle-ci.

 

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