Liban : De la crise au soulèvement

Farès Sassine
9 January 2020

Depuis la formation du Grand Liban, décision mandataire française en 1920, puis la proclamation de la République libanaise en 1926 et l’obtention de son indépendance en 1943, le pays n’a pas connu un soulèvement de cette ampleur ou de cette nature. Le Liban était puté être un pays de querelles (souvent sanglantes) et de compromis, mais jamais une contestation n’avait eu une telle étendue géographique et n’a transcendé autant les appartenances régionales et communautaires. Elle s’est déclenchée le 17 octobre 2019 et dure encore, mais elle est de plus en plus menacée par des ennemis qui défendent leurs pouvoirs et les assises sociétales qui les maintiennent. Face à une violence préfigurée, les révoltés n’ont que leur pacifisme et face à la dureté des autorités et des structures ils n’ont que leur bonne volonté, leur persévérance, leur fraternité, leur solidarité et l’espoir de dépasser la crise et de devenir les maîtres de leur destin.

 

La crise et ses responsables

 

Si leclencheur du soulèvement (ou révolution, plus exactement du soulèvement qui cherche à être une révolution) est un projet de taxe sur un réseau social gratuit et très courant, le WhatsApp, la véritable origine de ce mouvement est une crise sociale : crise dont la classe politique libanaise, de toutes les confessions, est responsable.

 

La crise économique et financière est ample et sans précédent. Prévue, longtemps annoncée, non seulement elle n’a pu être écartée mais elle s’est amplifiée d’année en année et de gouvernement en gouvernement, se surpassant tous en gaspillage et malversations. L’endettement public a atteint 150% du produit national brut ; les balances commerciale et de paiement sont devenues largement déficitaires suite d’une part au surplus des importations et aux difficultés de l’exportation (frais de production élevés), d’autre part à une rentrée de devises en chute. En 2019, la croissance est nulle. Sur le plan social, plus de 30% des habitants vivent désormais au dessous du seuil de pauvreté et les classes moyennes qui donnent au pays sa pesanteur voient leur statut déchoir. Le chômage, près de 30%, est fréquent parmi les jeunes. Chez les élites, il prend une dimension tragique : après le labeur estudiantin et des frais d’éducation excessifs, les diplômés ne trouvent pas de travail. L’immigration prive le pays de leurs aptitudes, mais peut servir de solution familiale et individuelle pleine d’avantages. Elle est désormais presque interdite vu la tendance au repli de l’Europe et de l’Amérique, les mauvaises relations du gouvernement avec certains pays du Golfe et la fin de l’euphorie économique dans ces régions d’accueil suite aux guerres et tensions. Il est donc artificiel et faux de séparer la crise nationale des événements régionaux, de l’affrontement américano-iranien, du combat sunnite-chiite, de l’interminable guerre de Syrie et de ses suites. Au Liban, le Hezbollah qui affiche son allégeance au régime des mollahs de Téhéran est particulièrement l’objet de sanctions américaines financières et politiques dont l’effet se répercute mutatis mutandis sur la population entière.

 

De cette crise économique, la classe politique est largement responsable. Depuis la mainmise syrienne sur le pays et le détournement des accords de Taëf (1989) conclus par des parlementaires libanais sous l’égide de l’Arabie saoudite et de la Syrie (avec bénédiction américaine), le gouvernement et le parlement sont livrés aux miliciens et seigneurs de guerre au nom de la nouvelle répartition communautaire du pouvoir. De facto, ceux-ci, qui se sont entrelacés avec les anciens maîtres du jeu, se répartissent les ressources de l’Etat et font main basse sur ses biens ce qui leur permet de fonder et reproduire leurs assises et d’accumuler des fortunes. Les institutions en place sont réparties et de nouvelles sont nées distribuées selon les mêmes critères. Le Hezbollah prend la place de la Syrie après le retrait de ses troupes suite à l’assassinat de Rafic Hariri en 2005 et supervise l’ensemble. En 2008, suite à un coup de force du parti chiite, le parti aouniste, majoritaire parmi les parlementaires chrétiens et qui avait conclu une alliance avec « le parti de Dieu », retrouve au nom de sa communauté, une place au banquet. Le tripartisme confessionnel sunnite-chiite-druze perd son monopole et les aounistes, s’affirmant réformateurs et intègres, ne brillent pas par une quelconque différence avec les caciques en place. Les élections législatives qui ont eu lieu en 2018 selon une nouvelle loi électorale à la proportionnelle étaient censées représenter la diversité dans chaque communauté et frayer une voie aux groupements minoritaires. Elles aboutissent pourtant à une surconfessionalisation de la représentation, à l’élimination des partis progressistes, et à la reconduction des mêmes clans enrichis de partisans soumis, nantis et affairistes. Il faut noter cependant le changement de majorité, celle-ci désormais aux mains du Hezbollah et de ses alliés le mouvement chiite Amal et du Courant Patriotique Libre (chrétiens aounistes).

 

Cette crise économique, fruit de la corruption, l’appât du profit, et l’incompétence, va de pair avec une crise écologique. Le problème des déchets, comme celui des égouts allant dans la Méditerranée ou les fleuves reste très grave. Les stations de filtrage des eaux usées qui avaient couté plus d’un milliard de dollars ne sont pas relayées aux tuyaux appropriés. Les plages côtières, propriétés de l’Etat sont accordées aux puissants et à leurs pourvoyeurs et interdites aux simples citoyens. Des cheminées d’usines et de centrales électriques mettent certaines agglomérations du Liban au rang des plus polluées de la planète. Les carrières de pierre sans foi ni loi défigurent partout la montagne. Ce qui précède ne dessine qu’une partie du sombre tableau. Les protestations populaires ne donnent lieu qu’aux promesses mensongères des politiciens et laissent scandaleusement les dégâts en l’état. Les fauteurs demeurent anonymes et aucune sanction n’est prise. Quand enfin un incendie risque d’emporter les forêts et les habitants, on découvre que les avions achetés sont hors d’usage.

 

Que veulent les manifestants ?

 

Le soulèvement a déjà obtenu des victoires majeures : la chute du gouvernement suite à la démission du premier ministre Saad Hariri, l’empêchement de deux séances illégales du parlement, et le refus de plusieurs propositions présidentielles et gouvernementales. Mais la lutte est toujours en cours, et nous pouvons déjà dégager les traits d’un soulèvement qui cherche à être une révolution.

 

Le trait le plus saillant du soulèvement libanais n’est pas une revendication mais une réalisation animée par une poussée exigeante : l’adhésion des Libanais à la patrie libanaise. Quand le Grand Liban a été proclamé en 1920, des régions et des confessions y voyaient une imposition du colonialisme et la mainmise de la communauté maronite sur tout le territoire. Les rêves de panarabisme et de pansyrianisme n’ont cessé de se manifester tout au long de l’histoire du mandat français et de la république indépendante. Ce que le soulèvement du 17 octobre a bien mis en lumière, c’est l’accord des régions, villes et campagnes, et des communautés, chrétiennes et musulmanes, dans le sentiment national et autour de ses principaux emblèmes. Le drapeau naguère symbole, pour une partie de la population et pour de nombreux intellectuels, de l’isolationnisme, de la réaction, de l’impérialisme est arboré partout. Tripoli, la plus irrédentiste des cités du « littoral syrien », ne jouit de ses soirées quotidiennes qu’au milieu de ses couleurs et de son cèdre vert. L’hymne national connaît une faveur semblable. La fête de l’indépendance est célébrée le 22 novembre Place des Martyrs avec une ferveur et un enthousiasme exceptionnels. Les couches populaires et les diverses professions et catégories ne sont pas dans les tribunes qui disparaissent, mais surtout dans le défilé même. Les chiites que certains croyaient totalement acquis au Hezbollah et encadrés par lui, ont montré un attachement profond à leurs concitoyens soulevés ; ils souffrent des mêmes maux et veulent partager le même avenir. Dans la banlieue sud de Beyrouth à Tyr, Baalbeck, Nabatiyyé et Kfar Remman, ils soulèvent le même drapeau et entonnent le même hymne avec courage, et sans renier la Résistance à qui ils sont reconnaissants d’avoir libéré le territoire. On peut dire, sans aucune exagération, que les intellectuels d’origine chiite ont été les meilleurs commentateurs du soulèvement. Ecartés des postes administratifs malgré leurs aptitudes et en raison de leur indépendance et leur refus du tandem dominant, ils auraient pu servir le pays de la plus adéquate des manières.

 

La République libanaise qui a assuré à ses citoyens (et à ses composantes) de grandes libertés, de vastes droits et une certaine prospérité a fini par accueillir leur assentiment général. Mais cette adhésion se fait non à une entité accomplie, mais à un projet à parfaire en le débarrassant de tout ce qui entache ses libertés et ses inégalités. Ce qui nous permet de passer aux revendications politiques.

 

Un mot est revenu souvent au début du soulèvement et ne cesse d’animer les Libanais, celui de dignité. La classe politique par son mépris de l’intérêt général, par sa corruption, ses rapines, la complicité de ses factions, l’audace de ses méfaits, son népotisme, son clientélisme, son inefficacité dans le règlement des problèmes, son recours continuel au communautarisme, son affiliation à des puissances étrangères, son cynisme et ses mensonges ne fait que porter atteinte à la dignité des citoyens. Leurs droits voire leur sécurité doivent passer par leur soumission. Leur santé s’efface devant les profits et alliances. Le chantage politique, comme cet entretien présidentiel qui appelle les mécontents à émigrer, ou les menaces réitérées de retour de la guerre civile, ranime toujours la flamme de l’insoumission et la volonté de jouir de sa liberté et de la mettre au service du pays. Face au soulèvement, les partis au pouvoir ne pensent qu’à redistribuer les parts, à liquider la révolte ou à l’exploiter sans tenir compte des revendications, à convenir à la puissance étrangère qui les appuie.

 

« Tous, cela signifie tous », scandent les protestataires pour n’épargner aucun clan au pouvoir et pour ne laisser à aucun son aura. Les prétentions à la réforme ne lavent pas de la réalité de la corruption ; la 3ème face du Hezbollah est mise en lumière : résistant et libérateur, inféodé à l’Iran, il protège la corruption générale l’acceptant contre l’appui politique de ses alliés, quand il ne la pratique pas luimême. Mais outre la négation d’un système générateur d’une classe parasitaire et pillarde, les manifestants cherchent à construire un ordre nouveau sans en connaître les contours précis. S’ils empruntent aux révolutions arabes le slogan « le peuple veut détruire an-nizâm (le système, l’ordre, le régime) », ils reconnaissaient volontiers qu’ils veulent plutôt construire un ordre ou un Etat, car ils n’ont face à eux qu’une anarchie irrespectueuse des lois et des règles et attachée aux seuls intérêts et lubies des gouvernants.

 

Il reste que de l’avis commun, l’origine même de la corruption et de la plupart des maux est le système communautaire qui répartit les pouvoirs et les postes administratifs entre les communautés. D’abord, il condamne l’Etat à l’inefficacité : il faut que les sept grandes communautés (maronite, grecque orthodoxe, grecque catholique, arménienne, sunnite, chiite, druse) soient d’accord pour promulguer une loi ou décider une réforme ; chacune d’elles (par le biais de ses autorités) appuie ses candidats indépendamment de leur compétence et de leur honnêteté ou en dépit d’elles ; toute corruption est multipliée par trois pour satisfaire les principales communautés sunnite, chiite et chrétienne. Les citoyens y sont inégaux suivant l’importance de leur « tribu ». Ensuite, les leaders de chaque groupe montent leurs coreligionnaires contre les autres comme moyen de rester en place et de se renforcer : d’où une unité nationale toujours sur la brèche car leur clientélisme et leur aplomb n’ont pas de bornes. Enfin, on appartient par sa naissance à un « clan » dont on doit obligatoirement suivre ses lois civiles (mariage, divorce, succession, etc.). Les tribunaux de chaque communauté, et non les tribunaux de droit commun, examinent les litiges. Une loi de mariage civil (même optionnel) est continuellement empêchée par les hiérarchies religieuses unanimes sur ce point et les Libanais appartenant à des confessions différentes, et de plus en plus à la même, doivent se rendre à l’étranger pour pouvoir contacter une alliance à leurs conditions.

 

Ce système est condamné par tous les manifestants qui en souffrent à un degré ou à un autre. Mais on ne peut dire que le soulèvement ait dégagé un accord sur la manière d’en sortir ou d’y remédier. Il n’est pas exclu que bien des protestataires y soient encore attachés par crainte de grands bouleversements démographiques et politiques et parce qu’il assure une certaine protection ; ils pourraient penser qu’on peut y introduire des améliorations quant à l’égalité, l’efficacité, la lutte contre la corruption et la justice.

 

Ensuite, deux grands courants proposent leurs réformes. Le premier est laïciste et cherche à séparer totalement, à la française, l’État des communautés reconnues et à instaurer un statut civil unifié. Le second milite pour une république civile dont les principaux traits sont un parlement bicaméral comportant une chambre des députés élue sans répartition confessionnelle, un sénat élu sur une base communautaire et intervenant dans des domaines restreints, et un mariage civil facultatif ouvert à tous les citoyens. Une telle république sauvegarderait l’unité, l’efficacité et le pluralisme. Aucun des trois remèdes n’est sans difficultés réelles, mais le soulèvement doit trouver sa voie et la tracer.

 

Qui manifeste ?

 

Soulevés contre une classe politique mafieuse et improductive et résolus à bâtir un Etat moderne où règnerait la justice sociale, les insurgés ont opté pour une révolution excluant la violence. Décision sage qu’ils avaient tout intérêt à prendre vu la nature belliqueuse de leurs adversaires et leur absence de scrupules, et vu l’appréhension de l’armée libanaise à recourir à une répression dure. La résolution pacifiste a pris surtout en compte les leçons d’une guerre qui a duré de 1975 à 1990 et qui dénaturait tout soulèvement populaire à caractère revendicatif en affrontements communautaires sanglants. Le miracle a cette fois perduré grâce à la prudence (phronêsis aristotélicienne) du peuple, à une nouvelle ambiance dans le pays, à la bonne humeur générale, à une atmosphère de fraternité et de solidarité, à la communion générale des diverses régions dans l’unité du Liban. Les manifestations se transforment en fêtes, la musique moderne sert de catalyseur, les DJs jouent un rôle enchanté, les soirées se prolongent, les loisirs retrouvent leur sens dans la gratuité offerte. Les menaces ne s’évanouissent pas, certains réveils sont durs ; les raisons de la colère ne faiblissent point. D’où ce caractère carnavalesque qui allie la joie et la fureur, qui se joue des mots et des mélodies (notamment la hela hela ho, chantée contre Gebran Bassil) dans une révolution sans revendications précises affirmées, sans plans d’action, sans commandement commun. Des avantages d’un côté, une faiblesse structurelle et stratégique de l’autre. D’où cet humour qui a explosé dans les rues et sur les réseaux sociaux. Comme l’éditeur et militant Lockman Slim l’a écrit sur Facebook, « Vous avez 150 mille fusées, nous avons une blague par minute ».

 

La présence persévérante des femmes non seulement à la belle devanture du soulèvement par leur liberté et leur courage, mais en son centre par leur participation aux débats, la mise en place des réseaux informatiques, les repas préparés et offerts, l’ardeur à innover sur le plan culturel et festif a donné un lustre particulier au soulèvement libanais. La femme a certes des revendications particulières dans ce pays – le droit à donner sa nationalité a des enfants nés de pères étrangers, la lutte contre les violences conjugales, adoption des enfants suite au divorce, représentation politique mais elle s’est trouvée bien au-delà de ces revendications : protection des manifestants, initiatives de réconciliations de quartiers… « Même pas peur parce que je suis femme, parce que je me sens invincible en dépit de ma fragilité… » écrit Nayla Majdalani dans un très beau texte publié dans L’Orient le jour.

 

Si le soulèvement est principalement celui d’une jeunesse menacée plus que d’autres catégories par le chômage et l’émigration, les places de la révolution s’avèrent accueillantes aux autres générations. Le troisième âge qui a perdu ses plus belles années dans la guerre et ses avatars s’y sent chez lui et vient apporter sa caution. Après que le président de la république s’est surnommé « le père de tous », la fraternité des protestataires vient détruire toute hiérarchie générationnelle et toute symbolique totémique. Le droit à la ville et laccès de toute la population à des lieux réservés depuis la reconstruction aux nantis sont à ajouter aux acquis du soulèvement. Comme l’a dit Camille Ammoun, « la révolution a ramené dans des territoires froids et dépeuplés une partie de l’âme urbaine qui les avait désertés. En l’espace d’une soirée, la place des Martyrs est redevenue cette Sahatel-Bourj grouillante et populaire, et la très sérieuse Tripoli a dansé pour appeler au changement. La texture même de ces lieux s’altère lorsque leur utilisation est modifiée, ils font ville. »

 

Il y a bien des aspects de ce soulèvement auxquels nous n’avons fait place : le le des réseaux sociaux dans la propagation des idées, nouvelles, dans la mise en place des manifestations ; la place des médias et des émissions directes et continues dans la formation et le soutien de l’opinion publique (évidemment en lutte contre d’autres médias antisoulèvement) ; le rôle des petits groupes écologistes, légalistes, militants des droits de l’homme, ennemis de la corruption, et partisans du mariage civil et du droit des femmes dans la lente et patiente préparation de l’insurrection généralele combat pour la reconstruction des syndicats et des ordres (professions libérales) devenus simples instruments de partis politiques souvent en collision ; l’élection d’un nouveau bâtonnier des avocats marque une grande victoire ; l’éclosion culturelle dans tous les domaines de la musique, aux graffitis, à la photo, à la poésie, à la peinture et le modernisme des moyens utilisés.

 

Le soulèvement libanais est parti le 17 octobre contre une classe politique qui a pillé les ressources, empli ses poches, fait parvenir la dette publique à un chiffre astronomique, détruit les institutions de l’éducation nationale, englouti dans l’énergie électrique des milliards de dollars sans aucune amélioration palpable. Le citoyen se retrouve face à une crise économique dont l’ampleur le consterne : il ne confronte pas seulement un État et ses responsables mais un système bancaire qui lui restreint l’accès à ses économies et dépôts. On lui explique qu’une grande arnaque s’est installée depuis des années que les économistes nomment « pyramide de Ponzi ». Elle est légale parce que des lois appropriées ont été votées par la classe politique.

 

Pour simplifier, le mécanisme est le suivant : L’État pompé par la corruption, le gaspillage et l’incapacité de la classe politique est de plus en plus déficitaire; il emprunte à la banque centrale qui emprunte aux banques privées qui utilisent l’argent des dépositaires à des taux d’intérêt de plus en plus élevés. Quand le système se grippe suite à la grande dette de l’Etat, les dépôts des citoyens en font les frais. Les banques sauvegardent leurs capitaux et bénéfices et les expatrient. Les puissants font de même pour leurs fortunes. Les économies des simples citoyens ne leur sont reversées qu’au compte-gouttes en attendant des solutions… probablement à leurs dépens.

 

La situation actuelle est la suivante : l’État ne peut plus payer ses fonctionnaires et retraités. Le secteur privé ferme de plus en plus ses portes et jette ses employés dans la rue. L’argent déposé dans les banques est devenu nominal et scripturaire. La classe politique est toujours aussi cupide et incapable, quand elle n’est pas aveugle. Les raisons de la colère se sont multipliées dans un climat où le « miracle libanais » semble avoir pris fin. Un économiste affirme : « Le véritable miracle libanais se réalisera lorsque le pays s’engagera solidement, à partir d’une base de revenus inférieure, sur une trajectoire ascendante qui lui permettra de réaliser progressivement son potentiel créatif ainsi redécouvert ». Un tel miracle ne peut être conduit sous l’égide d’une classe dirigeante pourrie. Il lui faudra un leadership issu du soulèvement, de sa force, de ses valeurs.

 

Cet article doit énormément aux idées de mon ami Talal Husseini sans engager sa responsabilité sur une seule ligne. Il ne cache pas sa dette envers les interventions sur les réseaux sociaux, articles et enquêtes de : Adnane Al Amine, Ahmad Beydoun, Samer Franjieh, Elias Khoury, le Lebanese Center for Political Studies (LCPS), Zyad Majed, Chibli Mallat, Jihad al Zeyn et bien des oubliés.

Rédigé le 5 janvier 2020.

 

Photo Credit: Shahen books, 2019 Lebanese protests, via Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

 

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