Clemenceau, observateur de l’Amérique (II)

Georges Clemenceau
17 September 2020

Note de l’éditeur : Correspondant du journal Le Temps aux Etats-Unis, le jeune Georges Clemenceau nous dépeint une Amérique étrangement familière. La Guerre de Sécession est terminée mais la politique n’a rien de paisible : le conflit entre les deux camps politiques de l’Union se cristallise autour du processus d’Impeachment du Président Andrew Johnson. Observateur de l’Amérique, Clemenceau évoque également l’importance historique des conditions sanitaires dans de telles circonstances, car la période de Reconstruction est une période d’épidémies, notamment de la fièvre jaune. Ceci est la deuxième sélection des lettres du jeune Clemenceau, tirées de Georges Clemenceau : Lettres d’Amérique.

 

25 septembre 1867

Lettres des États‑Unis

On nous écrit de New York, 10 septembre :

La guerre entre le président et le Congrès poursuit son cours, et va se compliquant, de temps à autre, de quelque péripétie nouvelle. Contrairement à ce qui s’est vu, se voit, se verra dans certains pays, la force est du côté du pouvoir législatif ; c’est le trait caractéristique de la situation, ou plutôt de ce gouvernement. Le Congrès peut prendre le président par l’oreille, et le déposer quand bon lui semble, sans que celui‑ci puisse rien faire, sinon se débattre et crier. Mais c’est là une mesure extrême. Pour le moment les radicaux se sont bornés à lier solidement Andrew Johnson, au moyen de bonnes lois toutes neuves. À chaque session, on lui impose quelque entrave nouvelle : on serre un nouveau frein, on lui rogne une griffe, on lui arrache une dent ; puis, quand il est bien attaché, ficelé, enveloppé dans un réseau inextricable de lois et de décrets plus ou moins contradictoires, on l’attache au poteau de la Constitution, et l’on regarde, croyant que cette fois il ne pourra plus remuer. Mais alors, Dalila-Seward se lève et crie : « Johnson, voici venir les radicaux avec le vieux Stevens à leur tête : ils se vantent de t’avoir fait prisonnier, et arrivent pour jouir du spectacle de te voir enchaîné. » Et Samson rassemble ses forces, et les cordes et les chaînes se rompent sous un puissant effort, et les Philistins (c’est les radicaux que je veux dire) s’enfuient épouvantés vers le Capitole, pour y fabriquer de nouvelles lois plus solides que les premières, et qui cependant doivent se rompre de même, à la première occasion.

 

Voilà deux ans que cela dure, et, bien qu’il soit dans l’ordre des choses que Samson doive être vaincu, on ne peut lui refuser le mérite de faire une belle défense ; et un sceptique même, si ce mot avait un sens en Amérique, prendrait intérêt au combat. Le Congrès absent, M. Johnson agit sans relâche. M. Stanton, le Carnot de la guerre américaine, renvoyé du cabinet : le commandement de la Louisiane et du Texas ôté à Sheridan, le général le plus populaire des États-Unis après Grant ; le général Sickles remplacé dans les Carolines par Canby ; tout cela n’était que le prélude. Aujourd’hui, nous avons une amnistie nouvelle accordée aux anciens rebelles du Sud, et bientôt la lutte va s’engager sur un nouveau terrain, à savoir l’interprétation à donner à cette proclamation d’amnistie et les conclusions à en tirer. C’est la seconde proclamation d’amnistie lancée par M. Johnson. Bien que celle-ci maintienne encore l’obligation du serment de défendre la Constitution et l’Union, elle est infiniment plus libérale dans ses termes que la première. Au lieu des 14 classes d’exceptions mentionnées dans la proclamation d’amnistie du 29 mai 1865, la proclamation du 8 septembre 1867 n’en a que 3. Les chefs militaires et civils du gouvernement confédéré, les personnes qui ont traité les prisonniers fédéraux contrairement aux lois de la guerre, et les individus qui ont pris part à la conspiration qui a abouti à l’assassinat de Lincoln sont seuls exclus du bénéfice de l’amnistie. La Tribune estime que la première proclamation laissait environ 100 000 citoyens non amnistiés, et que celle-ci en laisse un ou deux mille. Jusqu’ici, il n’y a pas de mal, mais la question se présente de savoir quels sont précisément les droits conférés par l’amnistie ; en d’autres termes : le président a‑t‑il le pouvoir de réintégrer les rebelles dans leurs anciens droits, et d’en faire des électeurs ? Le président et les démocrates disent oui ; le Congrès et les républicains disent non. Il est à observer que dans sa première proclamation, M. Johnson dit simplement que l’effet de l’amnistie sera de réintégrer la personne amnistiée dans tous ses droits de propriété, sauf en ce qui concerne les esclaves ; tandis que, dans la dernière proclamation, aux mots : droits de propriété, il ajoute : privilèges et immunités. Quoique ces deux mots ne paraissent pas avoir encore été remarqués par la presse, il est bien évident que c’est sur eux que la discussion va s’engager : il s’agit de savoir ce qu’ils contiennent, et quels sont les privilèges et immunités dans lesquels rentrera un rebelle, en vertu de l’amnistie du président. Il paraît probable que l’attorney général, M. Stanbery, sera requis par le président de définir ces privilèges et immunités ; naturellement, M. Stanbery, qui est la créature de M. Johnson, prouvera, la Constitution en main, que le droit de vote est compris dans ces privilèges et immunités. Cela fait, M. Johnson ordonnera aux cinq commandants militaires des districts du Sud d’ouvrir les registres d’électeurs à toutes les personnes comprises dans sa dernière amnistie.

 

Mais Grant, qui n’a accepté le portefeuille de la Guerre qu’à la prière de M. Stanton lui‑même, Grant qui, de peur qu’on le soupçonne d’avoir rien à démêler avec la politique du président, s’abstient de paraître aux conseils du cabinet, sauf quand on y traite quelque question militaire, Grant voudra‑t‑il signer cet ordre ? Évidemment non. Le signer serait perdre toute chance d’arriver à la présidence, car c’est, à n’en pas douter, le candidat républicain qui succédera dans un an à M. Johnson. Or, en vertu d’une loi récemment passée par le Congrès, M. Johnson ne peut renvoyer aucun de ses ministres sans l’approbation du Sénat ; et pour se débarrasser de M. Stanton, il lui a fallu recourir à cette subtilité, que celui‑ci ayant été appointé par Lincoln, la nouvelle loi, qui ne parlait que des ministres choisis par M. Johnson lui‑même, ne le concernait pas. De cet argument même, il résulte que la loi s’applique à Grant, et que s’il refuse de contresigner un ordre du président, ce dernier se trouve dans l’impuissance absolue d’agir. D’ailleurs, quelle que fût la conduite de Grant, le cas serait certainement porté devant la Cour suprême, qui aurait à décider en dernier ressort. Or, cette cour se compose de cinq juges, dont deux seulement sont radicaux, tandis que les trois autres, sans être précisément démocrates, inclinent du côté de M. Johnson. Il est difficile de dire quelle serait la décision d’une cour ainsi composée ; mais ce qui est certain, c’est que le Congrès se réunit en novembre, et que si M. Johnson vient par hasard à bout, au moyen de quelque subtilité légale, d’éluder la loi du Congrès, il sera mis en accusation, jugé, condamné et déposé avant qu’il ait eu le temps de se reconnaître. M. Benjamin Wade, qui, en ce cas, prendrait sa place, et remplit aujourd’hui les fonctions de président du Sénat, est un radical de la plus pure espèce, quoiqu’il se soit dernièrement séparé de son parti sur la question économique, dans un discours très énergique contre le capital. Le bruit courait, il y a quelques jours, que M. Seward allait donner sa démission ; mais la chose est tout à fait improbable. Les Indiens dans l’Ouest ont pour la millième fois déterré la hache traditionnelle de la guerre contre les Blancs. On se massacre avec une férocité bestiale des deux parts. Les Blancs traquent et chassent l’Indien comme ils faisaient des nègres autrefois dans le Sud ; en revanche, quand les Indiens font des prisonniers, ils les renvoient par morceau à leurs parents, sans avoir égard au sexe ni à l’âge. Il est triste d’être obligé de dire que les premiers et les vrais coupables sont presque toujours les Blancs. Les journaux de ce matin annoncent que Sheridan, qui se rend de La Nouvelle-Orléans au fort Leavenworth, a reçu une ovation magnifique à Saint Louis. Une procession aux flambeaux, longue de deux milles, a défilé devant son hôtel. On estime que la foule rassemblée sous ses fenêtres comptait de 20 000 à 30 000 personnes. C’est une protestation très significative contre M. Johnson, qui a enlevé à Sheridan le commandement du cinquième district militaire dans les États du Sud, lequel comprend la Louisiane et le Texas.

 

3 octobre 1867

Nouvelles des États‑Unis

Nous extrayons ce qui suit de notre correspondance de New York du 17 septembre :

Il paraît qu’en novembre prochain, quand le Congrès va se réunir, les radicaux extrêmes essaieront sérieusement de déposer le président. Réussiront‑ils ? La chose est incertaine. Il est possible qu’ils soient assez forts dans la Chambre des représentants pour décréter M. Johnson d’accusation. Mais il paraît douteux que le Sénat (qui en pareil cas est constitué en cour de justice et présidé par le chef de la Cour suprême) puisse réunir une majorité radicale suffisante pour déposer le président. La chose ne deviendrait certaine qu’au cas où le président se refuserait absolument à exécuter les lois du Congrès, ce qui n’est pas probable, tant qu’il peut se borner à les interpréter à sa manière. M. Bootwell du Massachusetts, M. Ashby de l’Ohio, M. le général Butler, tous les trois membres de la Chambre des représentants, sont à la tête du parti qui veut per fas et nefas déposer M. Johnson. M. Wade, président du Sénat, s’est également déclaré en faveur de cette mesure, dans un discours prononcé à Cleveland (Ohio). Les journaux prétendent que M. Wilson et M. Sumner (deux hommes dont l’influence est considérable) demandent également la déposition du président ; et si la chose est vraie, M. Johnson se trouve ainsi avoir contre lui les trois chefs du Parti républicain dans le Sénat. Enfin, M. Schuyler Colfax, président de la Chambre des représentants, dit, dans une lettre publiée dans les journaux de ce matin, que le premier devoir des représentants, quand ils vont se réunir, sera de « déterminer s’ils ne doivent pas amener le président à la barre du Sénat, comme ennemi de la nation ». Malgré tout cela, M. McPherson, qui est secrétaire de la Chambre des représentants, prétend que Andrew Johnson ne sera pas déposé. Son opinion n’est pas sans valeur, car il est mieux placé que qui que ce soit pour savoir d’où le vent souffle.

 

Mais, à vrai dire, le seul homme de qui cela dépende est M. Johnson lui-même. Qu’il interprète sa proclamation d’amnistie comme rendant le droit de suffrage aux anciens rebelles du Sud, et sa déposition est certaine. Quelques journaux s’amusent à dire (et M. Wade a répété) qu’en pareil cas M. Johnson résisterait avec la baïonnette. Mais je ne crois pas qu’il y ait en Amérique un seul homme qui prenne cela au sérieux, attendu qu’un coup d’État est une impossibilité absolue. D’ailleurs la force est du côté des ennemis du président. Il faut voir là de simples rumeurs répandues dans le dessein d’exciter à la haine et au mépris du gouvernement : chose qui se pratique ici avec assez de succès, et sans que la société ait l’air d’en beaucoup souffrir. Le général Sheridan va passer à New York en se rendant à Washington. On parle de lui faire une grande ovation. Bien que New York soit une ville démocratique, et que par conséquent M. Johnson y compte beaucoup d’amis, il est probable que ce sera une manifestation très imposante. Le général Sickles, renvoyé des Carolines par M. Johnson, comme Sheridan de la Louisiane, a passé ici ses jours derniers. On lui a donné une sérénade, et le 7e régiment de la garde nationale (lequel a fourni tant d’officiers à l’armée américaine pendant la guerre) a défilé sous ses fenêtres. Il y avait bien 10 000 personnes devant son hôtel. Il a prononcé un discours assez modéré et très habile (le général est un ancien avocat) où il s’est naturellement rangé du côté du Congrès. Le général Griffin, qui avait succédé à Sheridan dans le département de la Louisiane et du Texas, vient de mourir à Galveston (Texas) de la fièvre jaune qui sévit cruellement dans le Sud.

 

Nous avons des détails sur le procès et la condamnation du général O’Boran. Il paraît que l’accusé avait été, sous Maximilien, prefecte politico à Tlalpam ou Tlalplan, petit village près Mexico. En cette qualité, il s’était permis des atrocités qui avaient dépassé la mesure ordinaire, ce qui n’est pas peu dire. On l’a conduit au village en question pour être confronté avec les nombreux témoins à charge. Le procès a été publié. La foule était énorme. Les témoignages étaient accablants. Sans répondre directement aux accusations de meurtre, le général a dit pour sa défense qu’il s’était battu contre les Français à Puebla, et ne s’était soumis à Maximilien que quand il avait cru qu’il était décidément le plus fort. Ses amis ont tout essayé pour le faire évader, et, n’ayant pas réussi, pour le faire gracier des sommes considérables ont été offertes, mais les cruautés étaient si nombreuses, si flagrantes et commises d’une manière si délibérée que Juarez n’a pu pardonner. L’amiral Tegetthoff s’est présenté au ministère de la Guerre à Mexico pour réclamer le cadavre de Maximilien. D’après un bruit qui court, on lui aurait répondu qu’on ne pouvait lui délivrer le corps, et qu’on ne le délivrerait qu’à la personne qui serait dûment autorisée par la famille du mort à le recevoir, et pourrait exhiber quelque document officiel prouvant sa mission. Mais il est étrange que l’amiral Tegetthoff se fût mis en route sans un bout de papier signé de l’empereur d’Autriche, et expliquant l’objet de son ambassade. C’est la frégate Norara qui doit emporter le corps de Maximilien : le même navire l’avait amené au Mexique avec sa femme. Les élections mexicaines auront lieu en octobre. On votera le 6 pour les membres du Congrès, le 7 pour le président et le chef de la Cour suprême, le 8 pour les juges de la Cour suprême. Le Congrès se réunira le 21 novembre prochain. Le président sera installé le 1er décembre. Juarez a publié une proclamation, où il fait brièvement la revue de son administration, et demandé aux Mexicains de se prononcer sur quelques amendements qu’il propose de faire à la Constitution, et qui doivent rendre cette dernière à peu près semblable à celle des États-Unis. Les Mexicains auront à se prononcer sur ces amendements aux élections du printemps prochain.

 

10 octobre 1867

Nous extrayons ce qui suit de notre correspondance de New York, en date du 23 septembre :

Cette semaine s’est passée d’une manière relativement tranquille. Le président n’a point encore essayé d’interpréter sa proclamation d’amnistie dans le sens que je vous ai dit, et, n’était le caractère obstiné de l’homme, on pourrait espérer de le voir renoncer à tout projet de ce genre. Il paraît probable que M. Seward, dont le scepticisme se plaît au jeu dangereux qu’il fait jouer à M. Johnson, commence à craindre que ce dernier n’aille trop loin. Il n’entre pas dans le plan du secrétaire d’État que le président soit déposé. Il fera gronder l’orage aussi longtemps et aussi fort qu’il lui plaira, mais il entend éviter la foudre. Aussi dit-on qu’il commence à retenir le président, au lieu de le pousser, comme il avait fait jusque-là. C’est qu’en effet, comme je vous l’ai déjà dit, si M. Johnson prétend décidément rendre de sa propre autorité le droit de suffrage aux anciens rebelles du Sud, sa déposition est certaine. S’il consent à se tenir à peu près tranquille, il en sera quitte pour la peur. Quelques‑uns des membres les plus influents du Parti républicain reculent encore devant cette mesure extrême, et ne consentiront à y recourir que si M. Johnson, par son hostilité systématique, est fort utile au Parti républicain, en ce qu’il l’empêche de se diviser. Pour être vainqueur de l’ennemi commun, les républicains doivent lui présenter un front compact, et se réunir, sans distinction de nuances, contre lui.

 

Il faut bien le dire, les radicaux, dont ce sera l’honneur d’avoir mené à bien la révolution si profonde par laquelle ce pays vient de passer, n’ont pas un programme qui soit exempt de toute tâche. Ils représentent le parti de l’aristocratie industrielle et sont, pour cette raison, les ennemis acharnés du libre-échange. Ce sont eux qui ont institué ce tarif fabuleux qui, sans les prodigieuses ressources du pays et sans l’abondance du papier‑monnaie, serait tout à fait insupportable. Leur idéal de protection, c’est la prohibition : les riches manufacturiers de la Nouvelle-Angleterre ne veulent point entendre raison là-dessus. Et cependant, il s’est déjà produit dans le Parti républicain même une scission profonde à ce sujet : il suffit de dire que c’est M. W. C. Bryant, poète et journaliste, bien connu pour ses opinions radicales, qui est le président de la Ligue du libre-échange à New York. Le symptôme est d’autant plus dangereux qu’il semble que, le Sud une fois reconstruit et la révolution achevée, la question économique sera la première à se poser, et que ce sera sur cette base que les deux nouveaux partis devront établir leurs plates-formes respectives. Enfin, le Parti républicain est le parti de la centralisation politique (il faut s’empresser de dire que la chose n’est pas dangereuse ici) et de la tolérance puritaine. C’est lui qui prétend imposer le respect du sabbat tel qu’il le conçoit : c’est lui qui est l’auteur des lois prohibant la vente au détail des liqueurs fortes le dimanche (comme à New York) ou même en tout temps (comme dans le Massachusetts). Sur ces derniers points, il est certain que le peuple véritable, le corps du Parti républicain, se sépare de ses chefs, et cela suffit pour expliquer comment les républicains ont perdu près de 10 000 voix dans le Maine aux dernières élections. Sans doute il faut joindre à ces causes la défection de ceux qui ne veulent pas accorder aux Noirs le droit de suffrage ; mais le nombre de ces derniers n’est pas aussi considérable qu’on pourrait le croire, attendu que la masse d’entre eux se trouvait déjà du côté des démocrates.

 

Les élections de l’automne vont avoir lieu dans toute l’Union. Par elles-mêmes, elles ont peu d’importance, parce qu’il ne s’agit que d’élections d’États ; mais elles ont une grande valeur comme pierre de touche, et montreront dans quelle situation les partis se trouvent vis-à-vis du pays. On s’attend à ce que les républicains perdent du terrain dans l’État de New York et en Pennsylvanie. Les démocrates prétendent même l’emporter dans ce dernier État : cela paraît très douteux ; néanmoins des deux parts, on attend le résultat avec quelque anxiété. Il y a un proverbe qui dit : « As goes Pennsylvania, as goes the Country. » Il y a des indices qui montrent que les républicains eux-mêmes sentent la réaction approcher. La convention (aux trois quarts républicaine) qui fait en ce moment une Constitution nouvelle pour l’État de New York n’a pas osé soumettre cet automne au vote du peuple, comme on l’avait expressément annoncé. La raison en est que, dans le nouveau pacte, le droit de suffrage est accordé à tous les citoyens sans distinction de couleur. La population de l’intérieur de l’État, qui a toujours été républicaine et a jusqu’ici contrebalancé avec succès l’immense majorité que possèdent les démocrates dans la ville même de New York, se détache des radicaux ; et les Allemands, dont la plupart accorderaient volontiers le droit de suffrage aux Noirs, ne voudront pas donner leur voix à des gens qui leur enlèvent leur verre de bière habituelle, sous prétexte de religion. Néanmoins, cette réaction prématurée contre le Parti républicain ne se produira certainement pas avec autant de violence.

 

Photo credit: Theodore Russell Davis, Harper’s Weekly, 11 April 1868 (public domain), via Wikimedia Commons

 

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