Clemenceau : Fondateur de l’Alliance Atlantique

Patrick Weil
14 September 2020

Note de l’éditeur : ce texte de Patrick Weil est adapté de l’introduction de Georges Clemenceau : Lettres d’Amérique. Tous les sources en anglais ont été préservées dans leur langue d’origine.

 

Les quatre ans qu’il passe dans sa jeunesse aux Etats-Unis ont forgé chez Clemenceau une partie de ses convictions politiques les plus profondes : attachement radical à la liberté d’expression, au combat contre le racisme et la colonisation, à une laïcité fondée sur la liberté de conscience. Moins connu est le fait que l’entrée en guerre des États-Unis en 1917, réactive chez lui un engagement politique avec les Etats Unis qui durera jusqu’à sa mort en 1929. Dans a négociation qui s’engagea à Paris après l’armistice de novembre 1918 et qui aboutirait au traité de Versailles, Clemenceau avait immédiatement marqué sa détestation de la colonisation. Un matin au cours d’une des réunions   entre les 4 grands (Wilson, Clemenceau, Lloyd George et Orlando)  en janvier 1919, Clemenceau s’adressa à Wilson et Lloyd George : « There has been a great deal of talk about a peace to end war forever, and I am interested in that.… But I would like to know whether you mean it, the permanent peace ». Après que Wilson et Lloyd George aient réaffirmé fermement leur volonté de poursuivre la paix, Clemenceau reprit la parole :

And you have counted the cost of such a peace ? … If we give up all future all future wars, if we are to prevent war, we have to give up all our empires and all hope of empire. You, Mr. Lloyd George, you English will have to come out of India, for example; we French shall have to come out of North Africa; and you Americans, Mr. President, you must get out of the Philippines and Porto Rico and leave Cuba alone and Mexico.… There are other sacrifices, we the dominant powers, would have to make. It is very expensive peace. We French are willing, but are you willing to pay the price, all those costs of no more wars in the world?[1]

Le rapport de cette conversation était peut-être un peu romancé. Pas la détestation de Clemenceau pour la colonisation. « L’horreur de Clemenceau pour la politique coloniale m’ennuie » écrivait alors le diplomate français Paul Cambon qui redoublait d’efforts pour empêcher Clemenceau de se livrer à des déclarations d’abandon des anciennes colonies allemandes au profit d’autres alliés[2].

 

Clemenceau en fait s’intéressait en priorité à la sécurité future de la France en Europe. Pour l’assurer Ferdinand Foch, chef suprême des troupes alliées en 1918 et Raymond Poincaré, alors président de la République française, demandaient le détachement de l’Allemagne de ses territoires situés sur la rive gauche du Rhin. Anglais et Américains le rejetaient considérant que cela constituerait une Alsace-Lorraine à l’envers. Clemenceau lui ne voyait pas le Rhin comme « une barrière d’une efficacité absolue. » Il demanda la rive gauche du Rhin, mais comme un chemin à suivre pour atteindre d’autres buts[3].

 

Les buts de Clemenceau étaient le désarmement de l’Allemagne et surtout de substituer à la traditionnelle alliance franco-russe qui avait cessé d’exister dès lors que les Bolcheviks avaient signé à Brest-Litovsk en mars 1918, une paix séparée avec l’Allemagne que Clemenceau considérait comme une trahison : une alliance des démocraties France, Angleterre, Etats-Unis, une alliance atlantique. La connaissance politique acquise dans sa jeunesse par Clemenceau des États-Unis, la confiance qu’il faisait à ses institutions libérales, avaient contribué à ciseler dans son esprit le projet de renversement des alliances. Il était d’accord avec Lloyd George qui a déclaré en 1917 que « the great fact of this year which will loom large in the future will be the advent of America for the first time, not into the War, but into world politicsa gigantic event in itself » [4].

 

« Amener graduellement les Etats-Unis à l’idée d’alliance sous le couvert de la Société des Nations », c’était ce que proposait le quai d’Orsay en novembre 1918 en accord avec Clemenceau[5].

 

C’est donc avec une certaine émotion que mi-mars 1919 Clemenceau reçoit de Lloyd George et de Wilson l’offre d’un pacte de garantie militaire qu’il avait peut-être lui-même suggérée.  Cette alliance atlantique  garantirait une intervention automatique et immédiate de l’Angleterre et des États-Unis en secours de la France, en cas d’agression allemande.

 

En échange, la France ne réclamerait plus la rive gauche du Rhin, ni pour elle-même ni comme État allemand tampon indépendant. Mais compte tenu de la distance géographique entre l’Angleterre, et plus encore entre les États-Unis et la France, il y aurait toujours une période, en cas d’attaque allemande, où la France devrait se défendre seule. Pour cette raison, Clemenceau revendiqua et obtint, une occupation temporaire de la rive gauche du Rhin – pour une période de quinze ans – après laquelle son évacuation pourrait encore être reportée si les garanties contre une agression allemande étaient insuffisantes, par exemple si le pacte de garantie n’était pas ratifié. S’il était ratifié, alors pour Clemenceau il « suffisait à exclure la guerre » [6]. Jamais l’Allemagne n’attaquerait plus la France si la solidarité militaire américaine et anglaise eussent immédiatement intervenu. C’était une OTAN avant la lettre qui aurait protégé la France non de la Russie soviétique mais de l’Allemagne.

 

Le pacte de garantie fut approuvé par la chambre des communes britannique à l’unanimité. Mais pas par le Sénat américain. Wilson qui tenait avant tout à la création de la Société des Nations introduisit devant le Sénat le traité de Versailles sans mentionner le pacte de garantie. Quand le Sénat exigea des clauses d’interprétation mineures au traité, principalement le rappel que pour toute déclaration de guerre le président des États‑Unis devait obtenir l’approbation du Sénat, Wilson les refusa, précipitant son rejet et celui du pacte de garantie auquel il était attaché. Clemenceau avait raté le pari de l’alliance atlantique. Puis il fut défait à l’élection présidentielle de janvier 1920 et se retira pensait-on de toute activité politique. Pas tout à fait. Car Clemenceau n’avait pas renoncé à l’Amérique. La guerre avait rendu Clemenceau, surnommé comme en France le Tigre, très populaire aux Etats-Unis. En 1919, le Sénateur Cabot Lodge, leader de la majorité républicaine au Sénat, avait été impressionné que dans les cinémas américains, au moment des actualités, les apparitions de Wilson et de Lloyd George étaient accueillies par des applaudissements polis, mais celles de Clemenceau « [provoquaient] une explosion d’enthousiasme » [7]. Trois ans plus tard, Clemenceau décide en accord avec le Colonel House de s’organiser un périple aux Etats Unis. Depuis l’entrée en guerre des États-Unis en 1917 House était devenu, comme d’ailleurs Bernard Baruch, un autre conseiller de Wilson, un ami. « Le grand service que rendit House dans la coulisse fut, ayant l’oreille du président Wilson et la confiance de Clemenceau, de faciliter entre eux les accords sans que l’un ou l’autre ait l’impression de céder contraint et forcé » [8]. Là encore en 1922, House serait un facilitateur. Le gouvernement français n‘était pas favorable à son voyage, ni les autorités américaines qui le voyaient comme un va-t’en guerre ayant imposé à l’Allemagne comme l’avait publicisé Keynes avec son livre The Economic Consequences of Peace, une paix carthaginoise.

 

Clemenceau débarque à New York le 18 novembre 1922 tandis que les sirènes mugissent dans le port. « Les musiques retentissent dans les rues, la foule se presse sur les trottoirs. Du haut en bas des buildings les clerks sont aux fenêtres et déroulent leurs serpentins» [9]. House a délégué l’organisation du voyage de Clemenceau au colonel Stephen Bonsal, un de ses fidèles dont House appréciait les interprétations et observations qu’il considérait « d’une valeur inestimable » [10]. Plus tard House dira à Bonsal que s’il avait été président il l’aurait pris comme son secrétaire d’État[11]. Pendant les vingt-cinq jours que dure la tournée de Clemenceau aux Etats Unis, du 18 novembre au 13 décembre, Bonsal accompagne Clemenceau.

 

Dès son arrivée à New York – puis à Boston, Chicago, Baltimore, Saint Louis, et Washington – partout où il s’arrêta, Clemenceau parla devant des salles bondées. Devant chaque auditoire, il abordait la question des relations entre la France et l’Allemagne. Clemenceau développait cette même idée

qu’après une terrible guerre qui avait quasi détruit les deux pays, le plus petit d’entre eux victorieux est en danger de devoir combattre encore avec le plus grand qui peut avoir envie de vouloir effacer l’humiliation de la défaite. La préparation de la guerre est en cours chez certains Allemands. Si les Américains avaient signé Versailles, rejoint la société des nations, les Allemands auraient compris que c’était plié.

Ce n’est pas le cas. Comme Clemenceau explique dans une autre intervention :

Imagine the United States bled of six million of its man-power and with its industrial area devastated by a foe. Put that foe on the other side of the Rio Grande or across the Canadian border with the help of England and France and then have the two latter withdraw and tell us to hold our own, to collect our war bill from the enemy they have helped us do subdue, and to pay them the loans they would have made to us to keep our armies in the field and to keep our people from starvation[12].

Clemenceau avait ainsi fait comprendre la situation de la France à des milliers d’Américains venus assister à ses meetings et exposait sans cesse que la paix dans le monde dépendait du rétablissement de relations cordiales entre France, Angleterre et Amérique. Le dernier jour il fit ses adieux par radio à un million d’auditeurs américains.

 

Au cours du voyage, Clemenceau s’était lié d’amitié pour Bonsal. Entre les conférences, les réceptions, dans le wagon spécial dans lesquels ils voyageaient entre New York, Baltimore, Washington, Chicago, Saint-Louis, ils s’étaient parlé beaucoup. Comment garantir la paix à la France, House avait une idée derrière la tête qu’il avait partagé avec Bonsal. House sentait bien et Clemenceau aussi que du côté du gouvernement du Président Harding, l’heure n’était pas à la relance de la solidarité transatlantique avec la France. Alors un jour House soumit son idée à Clemenceau. Pourquoi de pas prendre une initiative d’une rencontre avec Hindenburg. House savait l’estime que Hindenburg portait au Tigre et réciproquement. Clemenceau ne dit pas non[13]. Il n’était pas l’extrémiste que Keynes avait dépeint.

 

Au printemps 1919 Clemenceau avait par l’intermédiaire de deux envoyés secrets à Berlin repris contact avec les Allemands. Clemenceau avait conscience qu’une Allemagne viable économiquement était nécessaire à la reconstruction de la France et voulait aussi préparer la France à l’absence éventuelle des Américains. Par ses contacts, Emile Haguenin et René Massigli, Clemenceau comprit que pour l’Allemagne, les pertes territoriales comme celle de l’Alsace-Lorraine étaient moins importantes que l’atteinte à son potentiel économique. Et que la Silésie, productrice de 44 millions de tonnes de charbon, était plus importante pour elle que la Sarre avec ses 13 millions[14]. Du coup, quand Lloyd George proposa de soumettre le statut de la Silésie au référendum plutôt que de l’affecter automatiquement à la nouvelle Pologne, comme il était prévu dans le projet initial du traité soumis aux Allemands, Clemenceau le soutint. Là encore à nouveau, en novembre 1922, en prévision de ce que son voyage américain pourrait avoir échoué, il n’avait pas dit non à une rencontre avec Hindenburg.

 

Mais l’invasion et l’occupation de la Ruhr décidée par Poincaré en janvier 1923 rendit impossible ce projet. Elle était un échec et avait mis la France en situation de faiblesse. Le pacte de Londres de l’été 1924 prévoyait en échange du financement de l’Allemagne par Wall Street le paiement par celle-ci d’une partie de ses dettes à la France et l’Angleterre qui leur permettraient en retour de rembourser une partie de leurs dettes américaines, Mais il avait forcé la France à accepter la diminution des pouvoirs de la commission des Réparations, au profit d’un comité d’experts arbitré par un Américain, l’évacuation de la Ruhr et l’abandon de toute possibilité future de préserver ses intérêts par une nouvelle intervention militaire indépendante[15].

 

Aussi lorsqu’en 1924, House relance Clemenceau et il lui écrit que « le moment psychologique opportun approchait pour entreprendre son aventure en Allemagne », Clemenceau réagit vertement : Le colonel House m’a fait «une proposition extravagante que j’ai dû refuser tout sec en deux lignes » [16]. House revient néanmoins à la charge : House défend l’idée que la paix dépend maintenant de la réconciliation franco-allemande. Cette fois-ci Clemenceau ne répond pas. La rencontre avec Hindenburg n’était plus d’actualité[17].

 

En 1925, le pacte de Locarno signé par l’Allemagne, la France, l’Italie, la Belgique et la Grande Bretagne garantit leurs frontières mutuelles. Mais il institue la Grande Bretagne comme leur garant aussi bien en défense de la France en cas d’agression allemande que de l’Allemagne en cas de réoccupation française. House se vanta auprès de Clemenceau d’avoir contribué à sa signature. Clemenceau le rabroua : « Pour moi, l’accord de Locarno met la France dans la main de l’Angleterre dont les dispositions actuelles sont fort loin de nous être favorables » [18].

 

Devant ces reculs successifs, devant la constitution d’un pacte anglo-américain qui lui semblait traiter la France l’ancien allié comme voire moins bien que l’Allemagne, c’est vers les Américains que Clemenceau se tourne à nouveau. Sans plus consulter House il écrit d’abord le 9 août 1926 au président des États-Unis Coolidge une lettre publique : « Il s’est élevé entre les trois grands pays alliés et associés de la guerre de France des divergences d’opinion sur les règlements de comptes qui menacent d’affecter gravement l’avenir du monde civilisé ». Clemenceau s’inquiète du mauvais état d’esprit qui règne entre la France, l’Angleterre et les Etats Unis. Il s’offusque de l’approche uniquement comptable qui préside : « Si les nations n’étaient que des maisons de commerce, ce sont des comptes de banques qui régleraient le sort du monde. Vous nous réclamez le payement d’une dette, non de commerce mais de guerre, et vous savez comme nous que notre caisse est vide ». Clemenceau rappelait que comme la Russie à Brest-Litovsk, l’Amérique a fait avec l’Allemagne une paix séparée, sans esquisser même avec ses compagnons d’armes un geste d’ajustement : « Faut-il donc maintenant que le mensonge des réparations allemandes aboutisse à des encaissements américains ? »

 

Coolidge ne lui répondit pas directement. Mais Clemenceau lui avait écrit dans le but de saisir à nouveau le peuple américain[19]. A 86 ans, en novembre 1927, Clemenceau discute avec Bonsal, sans non plus en parler à House, dans le plus grand secret, au moyen de messages codés, d’un nouveau voyage aux États-Unis. Bonsal lui propose de venir sur le champ, fin novembre et d’intervenir cette fois-ci dans les universités américaines, Yale, Harvard et Princeton, dont les présidents sont favorables à sa cause et hors de portée de tout lobbying allemand, en plus de deux ou trois meetings publics. Bonsal rassure Clemenceau : « The Loud Speaker has greatly improved since you were here in 1922 and from a small hall or indeed from your own room you could, without raising your voice, be heard by sixty million people »[20]. Mais ils n’arrivent pas à trouver une date. Clemenceau ne veut pas faire ce nouveau voyage avant les élections législatives françaises d’avril 1928[21]. Mais après, c’est en plein pendant les primaires pour l’élection présidentielle américaine de 1928. Ce dernier voyage n’aura donc jamais lieu[22].

 

Car l’année suivante, la dernière, Clemenceau doit la passer à répondre à Foch qui dans un livre publié en avril 1929 par Raymond Recouly, Le mémorial de Foch : mes entretiens avec le Maréchal[23], avait repris ses anciennes attaques contre Clemenceau. L’abandon de la rive gauche revenait comme une antienne. Clemenceau soutint qu’il Il n’avait pas le choix. Il n’aurait pas pu imposer une occupation permanente de la Rhénanie contre la volonté de ceux qui y vivent et qui veulent rester allemands. Cela aurait violé le principe révolutionnaire français du libre arbitre des nations. Les alliés ne l’auraient pas accepté et n’auraient jamais signé de traité avec la France dans ces conditions lui confirme House[24].

 

C’était la France seule sur le Rhin. Ou l’alliance franco-anglo-américaine[25]. Clemenceau a choisi cette alliance atlantique avant la lettre. Il rappelle qu’il avait prévu la possibilité d’un refus américain de ratifier le traité de garantie en faisant approuver dans le traité de Versailles (article 429) la possibilité de poursuivre l’occupation de la Rhénanie au-delà de la période de 15 ans déjà consentie si les garanties contre une agression par l’Allemagne n’étaient pas jugées suffisantes. Possibilité maintenant gâchée par la désastreuse politique de Poincaré.

 

« Ces Histoires de Foch ne sont rien, mais elles m’obligent à des recherches fatigantes que je ne puis éviter. Je commence à être trop vieux, et j’en suis aux premières atteintes des réjouissements de la mort. » écrit-il à Bonsal[26]. Dans ce testament politique, Clemenceau réitérait les vives critiques qu’il avait déjà adressées à Coolidge de la politique américaine d’abandon de l’alliance atlantique. Mais il sermonnait surtout le gouvernement et l’état-major français pour leur manque de réflexion stratégique, leur retard dans la construction d’une aviation moderne et l’absurdité de la ligne Maginot[27].

 

House est malade, et ne peut venir en cet été 1929 en France comme il le faisait régulièrement depuis 1920, alors Clemenceau lui fait ses adieux : « Quand vous reviendrez en Europe, l’an prochain, j’aurai peut-être changé de planète. Où que j’aille je ne vous oublierai pas car, sans nuire à votre patrie, vous avez donné un bon coup d’épaule à la mienne en des jours périlleux »[28].

 

Fin septembre 1929. Bonsal vit Clemenceau pour la dernière fois en Vendée. Il révisait un chapitre de Grandeurs et Misère d’une Victoire : « I shall write and rewrite that chapter to-morrow. I shall keep on writing and rewriting until the middle of October. Then I will correct the proofs, and then I will go. I will go, I hope, promptly. Ths disagreable business of dying – I do not want to dawdle over that » lui dit Clemenceau[29]. Son vœu fut plus qu’exaucé. Il partit en trois jours, le 24 novembre 1929 sans avoir eu le temps de terminer les épreuves. Bonsal ne se remettait pas de son départ. « With him has gone so much of warmth and vitality that without him the world is a cold and shiverin place to live in »[30]. Quelques mois plus tard, il publia un long article qui fut, aux Etats-Unis l’hommage posthume le plus remarqué. « The greatest personality produced during the war » lui écrivit Walter Lippmann, après l’avoir lu[31]. Dans cet article, Bonsal racontait comment lors de sa dernière visite Clemenceau lui avait dit :

I have liked many Germans immensely. But they were like dough in the hands of their emperor-kings. Now they are learning what are the rights of man – learning in sorrow and in suffering, in the Valley of Death. If this course is pursued without interruption for fifty years I do not despair. There may be peace along the Rhine and in the foothills of the Vosges, and the Germans and the French may yet sit side by side and work in friendly competition in a disarmed world. But we must not rush things. We must go slow. There is a streak of light in the east, but it may be – though I think not – a false dawn. We must go slow.[32]

 

Quatorze ans plus tard, en pleine Seconde Guerre mondiale, Lippmann revint sur ce point :

We must now admit, I believe, that Clemenceau was right and that Wilson was wrong. In 1919, what the world needed first of all was a lasting settlement with Germany : convincing measures for keeping Germany at peace until her ruling classes, who had made the war, died out and the Germans of the Weimar Republic were firmly in power and had acquired the habits of democratic government. Wilson’s insistence on making the German settlement secondary to a plan of universal and perpetual peace denied France the security which only dependable allies could have provided[33].

Dans ce dernier article, Bonsal rappelait comment au cours de sa tournée de 1922, Clemenceau commençait tous ses discours devant des salles combles, dans un anglais parfait et un accent new-yorkais qui déjà surprenait l’auditoire, en lui disant ceci :

I beg of you to consider me an American citizen and in doing so you will be committing such a trivial illegality – one of those little ones which, as Lincoln said, count as nothing between friends! You see, I spent four years and four months in America when I was here before. I studied hard to prepare myself for the honors and the duties of American citizenship. Only eight more months to wait, and I should have had the same rights as you have to speak your mind upon any subject under the sun. But that Napoleon was behaving so disgustingly I had to go home and help to kick him out. So bear with me, my friends, and listen to Georges Clemenceau, who came so near being an American citizen[34].

Après cette introduction, a remarqué un journaliste américain, « he could get away with murder » [35].

 

Cette dure étude pour devenir le cas échéant citoyen américain, Clemenceau l’avait pratiquée en partageant ce qu’il avait appris de la démocratie américaine, dans ses correspondances d’Amérique publiés par Le Temps en 1865 et 1870. Et s’il décida de rentrer finalement au pays et de servir toute sa vie la France devenue république, il n’oublia jamais, jusqu’à la fin, ce que durant quatre années les Etats Unis et les Américains lui avaient appris.

 

 

[1] The autobiography of Lincoln Steffens New-York, Harcourt, 1931, 780-3

[2] Paul Cambon, Correspondance 1870-1924, III, (1912-1924), letter of Jan. 28, 1919 to his son (Paris: Grasset

1946), 300.

[3]Jean Martet, Le Tigre, (Paris, Albin Michel, 1930), 196.

[4] House of Commons, Dec. 20, 1917 Hansard, 20th Century, Fifth Series, Vol. 100, 2212.

[5] Confidentiel memorandum, 26 Novembre 1918, L’opinion française et le Président Wilson Archives of the Service Historique de la Défense (SHD) Vincennes 94300, France, 6N137

[6]Georges Clemenceau, Grandeurs et misères d’une victoire, (Paris: Plon, 1930), 209.

[7]Lettre de Cabot Lodge à Henry White, 18 Avril 1919, Henry White papers Library of Congress, P-C File

[8] Georges Wormser, Clemenceau vu de près, Paris, Hachette, 1979, p. 180.

[9] F. Crucy, « Le Voyage de Clemenceau aux Etats-Unis », L’illustration, Dec. 30 1922, 652-3.

[10] Edward Mandell House, The Intimate Papers of Colonel House / Arranged as a Narrative by Charles Seymour, Boston, Houghton Mifflin Company, 1928, vol IV, 228.

[11] House to Bonsal, 14 mars 1933, Stephen Bonsal Papers, Library of Congress (SBC)/Special correspondence-Edward House 1933-1938

[12] Clemenceau Plain talk, Nashville Tennessean, Nov. 23, 1922.

[13] Stephen Bonsal, What Manner of Man was Clemenceau, World’s Work, Feb. 1930, 72.

[14] Georges Henri Soutou, « la France et l’Allemagne en 1919 », in Bariéty, Guth, Valentin, La France et l’Allemagne entre les deux guerres mondiales, pp. 9-19 et Marion Aballéa, “Une diplomatie de professeurs au cœur de l’Allemagne vaincue. La mission Haguenin à Berlin (mars 1919-juin 1920)”, in: Relations internationales 150, 2012.

[15] Cf. Patrick O. Cohrs, The First ‘Real’ Peace Settlements after the First World War: Britain, the United States and the Accords of London and Locarno, 1923-1925, Contemporary European History, Vol. 12, 1, (Feb. 2003), pp. 1-31.

[16] Letter de Clemenceau à la Comtesse d’Aunay, 26 août 1924,in Jeanneney, Jean‑Noël, Georges Clemenceau. Correspondance (1858‑1929), Paris, Robert Laffont/BnF, Paris, 2008,, 712.

[17] Bonsal, What Manner, 72.

[18] House to Clemenceau, Dec. 15 1925 and Clemenceau to House, Dec. 28, 1925, Edward House Papers, Yale Sterling Library (EHY) 27/877.

[19] House to Clemenceau , July 9 1927, EHY27/878.

[20] Bonsal to Clemenceau , Nov. 19 1927, SBC/Georges Clemenceau, 1922-1972 A-Z.

[21] Telegram of Douglas to Bonsal, Nov. 21 1927, SBC/James Stuart Douglas, 1927-1947.

[22] Bonsal to Clemenceau, Nov. 19 1927, SBC/Georges Clemenceau, 1922-1972 A-Z.

[23] Publié aux Editions de France, Paris, April 14 , 1929.

[24] House to Clemenceau , May 151929, EHY27/878.

[25] Antony Lentin (1997) ‘Une aberration inexplicable’? Clemenceau and the abortive Anglo‐French guarantee treaty of 1919, Diplomacy and Statecraft, 8:2, 31-49.

[26], June 24 j 1929, SBC/Georges Clemenceau, 1922-1972 A-Z.

[27]Clemenceau , Grandeurs…, 304-6.

[28]Clemenceau to House, may 20 Mai 1929, EHY27/878.

[29] Bonsal, What Manner, 110.

[30] Bonsal to House, Nov. 27, 1929, EHY17/540.

[31]Walter Lippmann à Stephen Bonsal, 28 février 1930, SBC, Georges Clemenceau, 1922-1972 A-Z.

[32]Bonsal, What Manner,75.

[33] Walter Lippmann, US War Aims, (London, Hamish Hamilton, 1944), 99.

[34] Bonsal, What Manner,71.

[35] idem.

 

Photo credit: Public domain via Wikimedia Commons

Tags: , , , , , , ,

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *